2015/09/08 LPP La Croix-Fry/Merdassier

CHRONIQUE D’UN « PAS PRESSE »…

08/09/2015

LA CROIX-FRY/MERDASSIER

 

Chouette ! En ce début de matinée le ciel est bleu ! Cela tombe bien car les Pas Pressés repartent pour une nouvelle saison de randonnées.

But de la balade du jour : les Aravis et plus précisément la Croix-Fry/Merdassier.

Covoiturage pour cette vingtaine de fervents randonneurs fidèles, heureux de retrouver cette détente que procure la marche en groupe, après une chaude trêve estivale.

Avec plaisir, nous accueillons de nouvelles adeptes, celles-ci sans doute un peu anxieuses, sinon curieuses, de connaître à « quelle sauce elles vont être mangées ». Cette première approche les rassurera-t-elles ? Vont-elles trouver en notre compagnie ce dont elles recherchent ?

Il est 10 heures, et, répartis en cinq voitures, nous voilà en route : direction Thônes Manigod. On prendra vite de l’altitude en empruntant les lacets de la montée au col de la Croix Fry. Arrivés à 1 467 m, il fait plutôt frisquet sous l’effet d’un petit vent qui souffle, d’autant plus que notre beau ciel matinal nous a abandonné pour l’instant ; la polaire ressortie sera la bienvenue !

Mais que se passe-t-il ? Quel est donc ce bruyant va-et-vient de ces mastodontes colorés de chantier qui s’accaparent toute cette partie du col, descendant des alpages, sans discontinuer ? Bon ? Nous qui croyions entendre la mélodie des clarines… Des panneaux nous indiquent qu’un projet de télésiège quatre places est en cours de réalisation !

Equipée, la néanmoins joyeuse troupe s’engage d’un pas décidé (même si pas pressé !) sur le large chemin forestier longeant la route en contrebas. Les alpages apparaissent, et bien vite le décor montagne nous rattrape avec la Pointe de Merdassier qui nous domine de ses 2 313 mètres.

Et c’est la découverte, pour la plupart, de cette station plutôt encaissée, le Mont-Charvin droit devant en point de mire. L’air est frais : on ne s’attardera pas ici ! Dommage, sous le soleil ce lieu serait sympa !

A 1 500 mètres d’altitude, cette station de loisirs : ski en hiver, séjour vert en été, tout comme sa sœur de la Croix-Fry se situe sur la commune de Manigod – cuvette généralement bien ensoleillée (sauf ce matin…) au pied du massif de l’Etale, tout est à portée de main ; pistes, commerces, boutiques…, c’est la station familiale par excellence.

Filant vers l’ouest, on espère alors trouver le petit coin abrité du vent qui nous permettra d’assouvir notre fringale, car les aiguilles tournent…

Pour l’instant, apprécions le grandiose décor qui s’offre à nous en ce point panoramique du circuit, sur ce bon chemin qui nous conduit à travers l’alpage. Devant nous, de part et d’autre du Mont-Charvin qui culmine à 2 409 m, à gauche la Pointe de la Mandallaz, au premier plan : l’Aiguille de Manigod, l’Etale avec ses 2 483 m. A notre droite : la montagne de Sulens et ses verts alpages qui contrastent avec le décor minéral alentour, la majestueuse Tournette dont l’aspect diffère de celui qu’on a coutume de voir, côté lac…

Ici l’occasion pour notre cher ami Jean, de nous conter quelques-uns de ses souvenirs de sa jeunesse laborieuse. En effet, là-bas au loin, sous l’Aiguille, dans cette vallée qui mène au Charvin, il nous indique, avec un brin de nostalgie, l’endroit où il naquit, il y a de cela plus de 90 ans ! Vie besogneuse à cette époque, en ces lieux accidentés où la mécanisation n’avait pas encore fait son apparition. Il fallait travailler dur pour simplement vivre… Il est coutume de parler du « bon vieux temps ». ! Il fallait cependant lutter sans discontinuer pour protéger la moindre parcelle cultivable arrachée à la friche par nos courageux aïeux, contre l’envahissante forêt. Les armes ? La faux à la bonne saison ; le « goliet » (serpe), la « piule » (hache), le « trossi » (passe-partout), dès que l’absence de neige le permettait. Bien sûr, ces joyeuses « veillées », ces fêtes du terroir, la « vogue », et aussi une certaine pratique religieuse…, contribuaient à maintenir souvent un excellent état d’esprit, une ambiance, mais hormis cela, que la tâche était rude, éprouvante !

Mais je m’égare, me direz-vous ? Pas du tout, car moi-aussi, alors écolier, j’ai connu ce temps où le béret « universel » protégeait des intempéries ; la « boîte » de bois au couvercle abattant servant de cartable, sur le dos, par-dessus la blouse grise uniforme ; les culottes courtes laissant la peau rougir par la bise glaciale ; les grosses chaussettes devaient nous protéger du froid, mais que cette grosse laine rêche était urticante pour ma peau sensible ! Et puis ces galoches ferrées qui nous laissaient les pieds mouillés, que ce « fourneau » à bois, fumant, au centre de la classe n’arrivait pas à sécher…

Et ce trajet à pied sur ce chemin de terre où il fallait « faire la chalée » dans cette neige tombée en abondance, tandis que le « traineau » (chasse-neige) tiré par les puissants chevaux ne passerait que bien plus tard pour ouvrir la voie… et j’en passe ! Alors, croyez-moi : ce « bon vieux temps », d’en parler, me laisse un goût amer !

Mais revenons à notre doyen… Un jour d’été, tout là-haut sous la falaise, alors qu’il secondait (mais en avait-il le choix ?) son père dans la dure besogne de fenaison en montagne, à y mettre trop d’ardeur à l’ouvrage, l’ami Jean, adolescent, en brisa sa faux… Depuis, l’herbe a repoussé, au gré des saisons, mais aujourd’hui, elle n’est plus fauchée ! Et sa maison n’existe plus… Mais le souvenir demeure !

Alors, on casse la croûte où ? Ben là-bas, dans cette pente herbeuse exposée sud, bien sûr ! Regardez : l’ami Dédé, assis au milieu, a déjà sorti l’Opinel… Et à présent le soleil a daigné se montrer, nous réchauffant aussi le moral. Qu’est-ce qu’on va être bien devant ce sublime panorama de montagne !

Ah, notre doyen a terminé sa sieste ! Encore quelque blagues, et nous voilà repartis, repus, appréciant cette partie de parcours panoramique, avant le sentier descendant en forêt : hum ! Ca sent le champignon ! Un passage marécageux ensuite, puis il nous faut remonter vers le col ! Pas d’échappatoire : dure la côte terminale avec la digestion !

Et hélas, on va retrouver le bruit des engins de terrassement poursuivant leur ronde incessante… Et que de poussière alentour !

Le temps de retrouver nos chaussures légères, de nous acquitter de nos dettes (de trajet), et nous voilà roulant en direction de la Clusaz, pour un retour sans encombre.

Cette randonnée a été appréciée de tous : merci les accompagnateurs.

Et alors, qu’en pensent nos « débutantes » ?

Incorrigible, j’ai laissé ma plume courir sur le papier…

Allez, merci à tous pour cette belle reprise, et à la prochaine, dans les Bauges !

EP/vm

2015 CHRONIQUES

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