2016.08.02 Chaos du Chéran

CHRONIQUE D’UN « PAS PRESSE »…

02/08/2016

Chaos du Chéran

 2016.08.02 CHAOS DU CHERAN (photos Edmond)

2016.08.02 CHAOS DU CHERAN (photos Viviane)

 

Proposée hors programme de cette première partie de saison 2016, cette sortie sera néanmoins très appréciée, de l’avis des participants.

Rassemblement pour un départ prévu à 10 h du parking des Grèves, le « Chaos du Chéran » étant l’objectif.

Direction Alby pour trois voitures, prenant soin de ne pas oublier notre « auto-stoppeuse » à Chaux-Balmont. Héry-sur-Alby, Cusy ; bifurcation à gauche route des Crêts, puis « Descente du Chéran », route étroite à forte pente, qui nous amène au vaste parking dans une prairie au bord de la rivière. Aire de pique-nique aménagée, auprès des grands arbres.

Là, de nombreux panneaux descriptifs nous renseignent sur les diverses possibilités de détente que nous offre ce site « nature protégée ». Sentier herbeux d’abord, puis boisé, équipé de mini-passerelles permettant de franchir aisément de petits ruisseaux qui rejoignent le Chéran, celui-ci qu’on découvre en contrebas, avec plaisir.

Accès à l’esthétique longue passerelle métallique, exclusivement réservée aux piétons. Construite en 2008, elle permet le franchissement de la rivière, large à cet endroit, délimitant Cusy et Gruffy. Bref coup d’œil à l’eau limpide de l’une des plus belles rivières de France.

Optons ce matin pour un petit parcours en aval, en direction de Moulin Janin. Bon sentier de terre balisé jaune et vert, ombragé, longeant en partie la rivière à gros débit, plutôt surprenant en cette période normalement d’étiage. Le bruit caractéristique et apaisant de l’eau qui s’écoule parmi les pierres ou bancs de gravier, nous accompagne.

Quelques passages plus escarpés, bien aménagés, nous évitent des secteurs que des glissements de terrain ont rendus moins accessibles. Quelques rares fleurs mauves odorantes, au ras du sol, nous rappellent que nous sommes ici dans la vallée des cyclamens.

Stop à cette balise dans la clairière : là, le facile accès à la rivière devrait permettre à chacun de trouver son siège parmi des gros « cailloux » amassés ici sur la grève lors des crues torrentielles de printemps.

Bienvenu ce frais « Crémant » pour nous ouvrir l’appétit : merci Ginette… Et chacun de s’affairer à inventorier le contenu de son sac à dos, tout en guettant la truite qui s’enhardirait éventuellement à vouloir gober une miette… Un peu naïf votre narrateur, non ?

Le Chéran : A ce sujet, vous voudrez bien vous reporter à mon « papier : les Pérouses » du 17/12/2015. Petit rappel, pour faire court : d’une longueur de 54 km, le Chéran prend sa source dans le vallon de Bellevaux, sous la Pointe de Chaurionde. Il arrose Ecole-en-Bauges, Lescheraines, Alby, Rumilly où peu après il rencontre le Fier. Rivière poissonneuse et aurifère, son or passait pour le plus pur de Gaule !

Qu’il fut agréable ce pique-nique « pieds dans l’eau », l’oreille charmée par ce courant à la musicalité apaisante… L’endroit ombragé à souhait, offre à nos yeux jamais lassés, de multiples nuances de vert, de nombreuses essences d’arbre bordant ce lieu paradisiaque…

Le temps de la sieste arrivé, certaines de ces dames n’hésitaient pas à se déchausser pour apprécier les bienfaits de cette eau fraîche arrivant de la montagne baujue.

Mais les aiguilles ignorant ces rivages enchanteurs, il nous fallait bien penser alors à rebrousser chemin, un second parcours étant proposé cette après-midi.

De retour à la passerelle, l’option « Chaos » par tous adoptée, c’est donc gaillardement que le groupe s’engageait direction Sud, longeant la rivière tout aussi plaisante, à notre droite. Toujours ce bon sentier agréablement ombragé, le long duquel de nombreux panneaux descriptifs nous informent sur la géologie, la flore, la faune… Bientôt, à l’orée du bois, apparaissent là-haut les « Tours Saint-Jacques », leur altière silhouette se détachant dans ce ciel lumineux, tout au bout de Semnoz.

Tours Saint-Jacques : Au nombre de trois, dont la plus haute mesure près de 70 m, ce sont des monolithes de calcaire en équilibre précaire qui se sont détachés du Semnoz à la suite de la fonte des glaciers vers – 11 000 ans. Posés sur une couche de marne argileuse qui fait l’effet de planche à savon, ils glissent en direction du Chéran à la vitesse de 2 cm par an.

Ignorons à un moment, sur notre gauche, le sentier qui nous permettrait d’accéder à la route supérieure : trop raide pour nos vieilles guiboles !

Poursuivons donc notre balade près de l’eau ; à maints endroits, des pontons de bois recouverts de grillage antidérapant, permettent un cheminement sécurisé au-dessus de secteurs boueux et glissants. En saison humide, fréquents sont ces glissements de terrain qui se produisent. Ayons donc une pensée pour ces bénévoles qui, sans relâche, entretiennent ces sentiers pédestres pour notre satisfaction.

Soudain les rives se resserrent en un défilé formé de hautes falaises abruptes, succédant à la dense forêt. Nous voici arrivés au « Chaos », où d’énormes roches tombées là il y a bien longtemps, obstruent en partie le lit du torrent, impétueux à cet endroit, écumant, obligé de se frayer un passage sinueux entre les blocs. Au terminus du sentier, un escalier fait de rondins de bois permet l’accès à la grande plateforme minérale naturelle surplombant une profonde gouille à l’eau transparente, invitation au bain… mais le site n’est pas sécurisé !

Un « oh » de ravissement : au-dessus de nos têtes, là-haut à une centaine de mètres, le « Pont de l’Abîme » se détache, impressionnante passerelle suspendue reliant les deux parois escarpées. Sublime ! Petite halte contemplative, sauf pour qui le vertige en module l’envie ; quelques photos pas faciles à réaliser vu la verticalité des lieux, et il nous faut bien quitter ce site grandiose ignoré de certains, mais apprécié de tous. Demi-tour donc, l’endroit étant en cul-de-sac, l’oreille gauche bénéficiant alors à son tour de ce qui avait charmé la droite à l’aller.

Petit intermède à mi-parcours : les talents d’infirmière de Mathé seront les bienvenus pour apaiser la douleur que lui cause une « ampoule » au talon, à ce bambin chaussé de…bottes ! Inconscient que fait son touriste de père !

La passerelle à nouveau atteinte, du tablier on envie ces quelques amateurs de décor amateurs de « bronzette » ; ambiance à préférer sans doute à ces plages encombrées de nos lacs.

Satisfaits de leur épopée-découverte du jour, nos marcheurs émerveillés retrouvent le parking quitté le matin. Les « comptes » mis à jour, nos voitures vont devoir remonter la pente de l’étroite route atteignant par endroit 15 %, chaque conducteur redoutant d’avoir malencontreusement à croiser un véhicule descendant.  Mais tout va bien se passer !

Le chef-lieu de Cusy atteint, direction Gruffy pour une petite halte proposée sur l’admirable site du Pont de l’Abîme, atteint par la route cette fois-ci… Le lieu récemment aménagé offre un vaste parking pour y stationner, le temps d’une vertigineuse visite…

Là où il y a seulement quelques années on pouvait déguster la truite du Chéran et les écrevisses chez « Marie-Claude », en lieu et place du restaurant a été érigé une plateforme-belvédère permettant d’embrasser du regard l’ensemble de l’imposant ouvrage métallique suspendu.

Le Pont de l’Abîme : Construit en 1887 par l’ingénieur Baudin sur les plans de l’architecte Ferdinand Arnaudin, il fut officiellement inauguré le 25 mars 1891. Dominant la profonde gorge de 96 m au-dessus du lit du torrent, il a une portée de 75 m, soutenu par de gros câbles à structure tressée, solidement arrimés au rocher outre les massifs pylônes à chaque extrémité.

Auparavant, il fallait faire un détour de 8 km par Allèves et le Pont-de-Banges pour relier Gruffy à Cusy. Le canton d’Alby a fêté le centenaire de sa construction le 23 août 1987, hélas par mauvais temps. Les nombreuses animations organisées ce jour-là se déroulèrent sous un ciel bas et l’averse froide : course pédestre-relais autour du canton, que précédait un défilé de voiture anciennes, cortège de chars décorés, reconstitution d’une noce d’antan costumée, sous le parapluie, fanfares… J’ai eu le plaisir, malgré tout, d’y assister.

Anecdote : dans la nuit du 15 au 16 août 1944, pour éviter la destruction du pont par les troupes allemandes, les habitants du secteur démontent tous les madriers de chêne du tablier et les cachent dans les granges et les mazots alentour. Ils seront remis en place après la libération.

Le 20 juillet 2013, le Tour de France cycliste parti d’Annecy, a emprunté le pont pour une étape à travers les Bauges.

Impressionnant, depuis le milieu de la passerelle, où une circulation alternée des véhicules est de rigueur, de revoir une centaine de mètres plus bas, le minuscule espace d’où on pouvait l’admirer, vision irréelle ! L’attirance du vide nous incite à prudemment nous accrocher au haut garde-corps : pause interdite aux personnes sujettes au vertige.

Un poète local a laissé courir sa plume pour décrire l’imposant ouvrage :

« Au détour de la route on aperçoit soudain,

Gracile, audacieux, son arc entre deux roches

Suspendu sur la brèche aux câbles qui l’accrochent,

Pour unir au plus court les villages voisins.

Comme la tour Eiffel, on le fit en métal.

Pendant la belle époque, il vit chars et carrosses,

Avant d’être livré par quelque Carabosse

Aux malsaines autos qui roulent sans cheval.

On baptisa ce pont d’abord « Pont du Trésor »,

Car le val autrefois, recélait des pépites ;

« L’Abîme » prévalut : c’est le nom qu’il mérite,

Lorsqu’on jette un regard au bas par-dessus bord. »

La curiosité satisfaite, la petite troupe reprend la route : ho ! Pas pour longtemps ! Gruffy, Viuz-la-Chiesaz, et nouvelle halte à Chaux-Balmont sur invitation de notre amie Mado : décidément ça va devenir une habitude !

Le cercle des marcheurs se forme joyeusement autour de la table garnie sous l’ombrage du tilleul, espace fleuri à souhait. Et « la dame aux cakes » d’en rajouter : la réserve était prévue… Cette belle escapade se termine de la meilleure des façons, chacun appréciant la chaleureuse réception. Merci Mado, Anne-Marie… et vous toutes pour votre agréable compagnie, sans oublier l’ami Gérard, bien esseulé parmi la gent féminine du jour !

Proposition : pour une prochaine balade au Chéran, peut-être serait-il judicieux d’envisager, en parallèle, une intéressante visite du musée-nature de Gruffy, et aussi, de l’avis de Viviane, peut-être celle d’une visite surprise qui enchantera vos yeux.

Bonne trêve à tous, avant de nous retrouver nombreux, enthousiastes, mardi 6 septembre.

2016 CHRONIQUES

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